Monsieur Breton,
Vous m’avez invitée à une soirée débat sur la bioéthique certainement parce que par mon métier, je suis concernée par le sujet (…). J’ai 30 ans d’expérience professionnelle, je suis de nature curieuse et je participe dès que possible aux séminaires ou réunions organisés sur les questions de société ou de santé publique. Je ne manque jamais non plus les émissions qui abordent en profondeur ces questions.
Aujourd’hui je voulais vous remercier Mr le député car mercredi soir j’ai vécu un moment très fort et intense. Pour la première fois depuis longtemps un sujet n’était pas survolé et les intervenants n’étaient pas là pour affirmer leur vérité ou leur point de vue mais pour amener les gens à réfléchir.
Et c’est ce qui s’est passé ce soir là, le temps s’est suspendu, je me suis laissée guider par le fil des questions et je suis allée là où je n’avais jamais imaginé me rendre…se poser les vraies questions, des questions fondamentales qui nous concernent tous et des réponses dont dépend notre avenir : quel est notre socle de valeurs communes qui font consensus au-delà des frontières, des religions et des opinions politiques ? quel est notre bien commun le plus précieux ? que signifie réellement la dignité humaine ? est-ce que ce sont ces valeurs qui m’interdisent de vendre le rein de mon fils pour de l’argent ? ces valeurs universelles n’empêchent pourtant pas certaines pratiques dans des pays pauvres où les gens meurent de faim, comment faire ?
Je me suis aussi posée la question de savoir dans quelle société je voulais vivre ? celle de l’engagement et de la responsabilité collective autour du droit et des libertés, ou celle de l’individualisme où le désir légitime de l’un doit être érigé en « droit à » pour tous les autres ? Et puis nous avons parlé des enfants, je les mets au monde dans mon travail et j’en ai 3 à la maison. Cela peut sembler idiot mais vous m’avez aidée et vous avez soulevé des questions qui mériteraient d’être abordées plus souvent ! qu’est-ce qui construit un enfant ? son patrimoine génétique ou l’amour qu’il reçoit et l’affection qui l’entoure ? quand un homme généreux donne anonymement son sperme pour aider ceux qui en ont besoin, pourquoi vouloir rompre cet anonymat au risque de réduire le nombre de donneurs et au risque d’amener des enfants à retrouver un géniteur qui ne sera jamais leur père puisque leur père est celui qui les a désirés, aimés et élevés depuis toujours ?
Pardon si je suis un peu longue mais il me semblait important de vous dire tout cela,…
Isabelle, sage femme