J'ai récemment participé à une mission institutionnelle au Soudan avec une délégation représentative et diversifiée : ONG humanitaires, représentants français des religions (catholiques, protestants et musulmans) et un collègue Député (de l'opposition). Cette mission a été particulièrement enrichissante et constructive. Elle nous a permis d'approndir la réflexion sur le Soudan, de prendre conscinece des enjeux et des réalités locales et d'aborder ensemble les pistes pour tenter de peser et accompagner les soudanais. Nous avons ainsi rédigé une tribune publiée dans Le Monde. fr, nous vous la livrons ci-dessous :
Après des décennies de conflits et plus de deux millions de morts, les événements qui se déroulent au Soudan aujourd'hui se révèlent majeurs, tant pour ce pays que pour la communauté internationale. Nous avons été témoins des suites immédiates du référendum sur l'autodétermination du Sud-Soudan dont les résultats conduisent à la séparation entre le Nord et le Sud. L'indépendance du Sud-Soudan le 9 juillet verra naître le 193e Etat du monde.
Au Nord comme au Sud, les responsables politiques, religieux et les organisations de la société civile rencontrés nous ont mis face à différents enjeux : le Soudan est le pays qui compte le plus de personnes déplacées au monde. La paix et la réconciliation dépendront largement de la façon dont sera géré leur retour ou leur intégration dans la société d'accueil.
Au Nord, les autorités comme la population vont devoir assumer la déception que provoque la séparation du Sud. Il leur faut aussi dès maintenant travailler à une nouvelle "identité" respectueuse des droits et aspirations des diverses communautés ayant toujours composé ce pays. Plus que jamais la question du vivre-ensemble est posée malgré des différences ethniques, sociales et religieuses, même si ces dernières ne sont pas au cœur du conflit.
Au Sud-Soudan, le défi n'est pas banal : il ne s'agit de rien moins que de créer une nouvelle nation. La priorité des priorités réside dans la formation d'un Etat capable de sortir sa population de l'extrême pauvreté. Les indicateurs sociaux du Sud-Soudan placent en effet ce futur pays comme le plus défavorisé du monde. Cela sans oublier les tensions que peuvent faire naître les rivalités ethniques qui ont marqué l'histoire de cette région et que l'indépendance ne fait pas disparaître. L'espoir est bien vivant. Il se manifeste dans la volonté des Sud-Soudanais de réussir. Ils savent qu'ils sont les premiers responsables de leur avenir.
Pour contribuer au développement de cette région après des décennies de guerres, il est urgent d'accompagner le renforcement de la paix et l'établissement de relations constructives entre le Nord et le Sud-Soudan (partage des revenus du pétrole, gestion des transhumances, règlement des questions frontalières…).
ENGAGEMENT DANS LA DURÉE
Au Sud-Soudan, les agences internationales, qui participent au maintien de la paix et les ONG, très investies sur le plan humanitaire, devront maintenir leur engagement dans la durée, tout en permettant aussi vite que possible aux acteurs locaux de prendre toute leur place. La France doit jouer pleinement son rôle, alors qu'elle reste pour l'instant en retrait. Plusieurs de nos interlocuteurs nous ont accueillis par : "Enfin, une visite de Français." La France, et l'Europe avec elle, devrait inscrire l'aide au Sud-Soudan parmi ses priorités financières et politiques. Pour autant, il ne faut pas négliger le Nord-Soudan. Il faudra notamment accompagner l'indispensable règlement des conflits toujours latents.
La société civile européenne devra contribuer pour sa part à renforcer les capacités d'intervention des sociétés civiles au Nord comme au Sud afin qu'elles soient pleinement participantes d'un avenir à construire.
Les communautés religieuses ont pris depuis longtemps une part active dans l'accompagnement des populations et la construction de l'avenir de ces pays, en particulier au Sud-Soudan. Là-encore, la persévérance dans la solidarité s'impose tout en sachant adapter les modalités d'intervention à la nouveauté du contexte.
De prime abord, l'ampleur des défis et des contraintes semble écrasante. Le dynamisme des personnes rencontrées permet de nourrir un réel espoir. Après tant de souffrances, il est venu pour les Soudanais comme pour nous, le temps de la responsabilité.
Pour consulter la liste des participants à la Mission Soudan du 24 février au 4 mars 2011 , cliquez sur le lien ci-après : images/Participants mission Soudan.pdf
Photo secours catholique