La rédaction : pouvez-vous nous rappeler rapidement le contexte dans lequel la France s’est retirée de l’OTAN ?
Xavier Breton : le 4 avril 1949 était signé à Washington le traité de l’Atlantique Nord qui institue l’Alliance atlantique. Le 7 mars 1966, le général de Gaulle annonce officiellement l’intention de la France de se retirer de la structure militaire de l'OTAN. C’est l’aboutissement d’un long processus entamé dès le lendemain du retour au pouvoir du Général de Gaulle en 1958, mémorandum où il demande une direction tripartite de l’Alliance France, Etats-Unis et Grande-Bretagne qui se voit accorder un refus poli. Néanmoins, la France reste membre à part entière de l’Alliance Atlantique et le Général de Gaulle réaffirme alors « la solidarité de défense ainsi établie entre 15 peuples libre d’Occident ». Dès 1967, des accords seront signés pour organiser la coopération France-OTAN qui ne cessera de se développer.
Comment cette coopération s’est-elle traduite ?
A partir de 1995, la France participe pleinement aux opérations de l’OTAN notamment en ex-Yougoslavie, et s’engage peu à peu dans les instances militaires de l’Alliance. Depuis cette date la France est de nouveau présente lors des réunions des ministres de la défense et siège au Comité militaire. A ce jour, la France participe à toutes les grandes opérations de l’OTAN (Bosnie, Kosovo et Afghanistan).
Alors pourquoi le retour de la France aujourd’hui dans l’OTAN ?
D’abord parce que depuis 1995, les militaires français participent à toutes les opérations de l’OTAN, mais ne participent pas à leur élaboration faute d’avoir des généraux au sein des comités suprêmes. Il s’agit donc de participer pleinement au commandement d’opérations militaires qui impliquent des soldats français. Ensuite parce que ce retour facilitera la construction d’une Europe de la défense. En effet, l’Alliance n’est pas seulement une alliance entre les pays européens et les Etats-Unis et le Canada, c’est aussi une Alliance entre pays Européens dont certains ont intégré l’OTAN bien avant de rejoindre l’Union européenne. Notre position particulière est difficilement compréhensible pour certains de nos partenaires surtout chez nos alliés de l’Est issus du Pacte de Varsovie. Pour ces pays notre volonté de construire une Europe de la Défense est parfois perçue comme destinée à créer une concurrence à l’OTAN d’où jusqu’à présent une mauvaise volonté de leur part à soutenir ce projet majeur de l’Union européenne.
Comment cette réintégration va t-elle se traduire ?
La France obtiendra deux commandements majeurs, l’un à Norfolk (QG stratégique de l’OTAN), l’autre à Lisbonne (QG de sa Force de réaction rapide). Au plan national, le Premier ministre a engagé la responsabilité du gouvernement à l’Assemblée nationale à l’occasion d’un débat et d’un vote sur la politique étrangère de la France. Ensuite, notre retour dans l’OTAN sera officialisé en avril prochain en présence de Barack Obama, au sommet de Strasbourg et Kehl (Allemagne) pour le 60ème anniversaire de l’OTAN.
Cela signifie t-il que la France perdra son indépendance ?
Non, la liberté d’appréciation des Etats est totale sur l’envoi de troupes en opérations et ce principe est appliqué par l’OTAN en toutes circonstances, il va même plus loin puisque chaque Etat est libre de décider du rôle de ses forces armées sur le terrain. Par ailleurs, les décisions au sein de l’Alliance se prennent par consensus. Ce mode de fonctionnement est aussi valable pour les éventuelles opérations menées par des membres individuels de l’OTAN hors du cadre de l’Alliance, comme ce fût le cas en 2003 de la guerre en Irak. Ainsi, à cette époque, si la France avait été membre du commandement intégré, rien ne l’aurait obligée à intervenir en Irak !