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La trêve dans la bande de Gaza

Sur des dossiers aussi importants, les députés français sont unanimes. Ils ont ainsi exprimé leur position dans un récent débat à l’Assemblée nationale.


Après 22 jours de combats, une trêve est enfin intervenue dans la bande de Gaza. Cette trêve, que nous souhaitons solide et durable, doit être l’occasion de relancer un véritable processus de paix. L’Europe, et bien entendu la France, ont un rôle spécifique dans la construction de cette paix, celui de rassembler la communauté internationale autour d’une ligne équilibrée et modérée.

C’est en tout cas le souhait qui avait été exprimé par une grande majorité des députés français au cours d’un débat sur la situation au Proche-Orient qui a eu lieu mercredi dernier. Ce débat, comme a pu le relever la presse nationale, a été l’occasion de constater que, sur ce sujet, la majorité et l’opposition affichaient des positions convergentes. Nous pouvons d’ailleurs nous réjouir que sur des dossiers aussi importants, les responsables politiques français affichent une communauté de vue qui renforce le poids et la parole de notre diplomatie.

Mercredi dernier, après une déclaration du gouvernement prononcée par le Ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, les groupes politiques de l’Assemblée nationale se sont succédés à la tribune pour préciser leurs positions sur le conflit de Gaza.

On a pu constater une assez large convergence de vue entre les groupes UMP, Nouveau centre et socialiste sur des points essentiels dans l’analyse de ce conflit.

Ainsi, les trois groupes ont exprimé leur émotion et leur sympathie pour des populations endeuillées, pour les victimes de ces combats.

Ils ont également fait part de leurs inquiétudes sur la gravité et sur l’évolution d’une crise qui vient s’ajouter, comme l’a dit Nicole Ameline (UMP) aux « souffrances, aux violences qui n’ont cessé de jalonner l’histoire de deux peuples, dont cependant les destins sont indissociablement liés ». On peut considérer avec Axel Poniatowski, Président de la Commission des affaires étrangères, que « cet épouvantable gâchis constitue un retour en arrière de plusieurs années ».

En ce qui concerne les responsabilités des protagonistes dans l’émergence de ce conflit, beaucoup pensent qu’elles sont partagées.

Pour Bernard Kouchner, « la France est lucide sur le partage des responsabilités dans le déclenchement des combats ». Après avoir indiqué que la France avait condamné les provocations qui avaient conduit à l’escalade (rupture de la trêve de juin dernier par le Hamas et reprise des tirs de roquettes contre le sud d’Israël), le Ministre a aussi « condamné l’usage disproportionné de la force par Israël et appelé au plein respect du droit international humanitaire, notamment des conventions de Genève, qui prohibent toute punition collective des populations civiles en temps de conflit »

Pour Axel Poniatowski, les responsabilités sont également partagées : le Hamas a rompu le cessez le feu et a repris les tirs de roquettes, tandis qu’Israël, de son côté, ne tenait pas son engagement à user de la trêve pour assouplir le blocus de Gaza et poursuivait une politique de colonisation pour le moins critiquable. Il ajoutait à juste titre que les considérations politiques internes, dans les territoires palestiniens comme en Israël (l’approche des élections à la Knesset le 10 février) contribuaient à accroître les tensions.

Ce partage des responsabilités se retrouve enfin dans les propos du député socialiste Jean-Christophe Cambadélis qui évoquait la logique implacable d’une « descente aux enfers rythmée par les attentats suicides, les tirs de roquettes contre Israël et la riposte de l’armée israélienne ».

Face à cette situation, chacun a convenu qu’il fallait à la fois répondre à l’urgence et réfléchir à plus long terme.

L’urgence c’est d’arriver à un cessez le feu qui mette un terme à des combats faisant des centaines de morts et de blessés dans les populations civiles. La protection de ces populations est la première des priorités ; on ne peut laisser plus longtemps les habitants de la bande de Gaza privés du minimum vital. Pour garantir un cessez le feu réel et durable, et donc permettre la relance du processus de paix, l’hypothèse de l’envoi d’une force internationale de maintien de la paix proposée par le Parlement européen a été reprise. En réponse, Bernard Kouchner a souligné qu’en raison notamment du refus de l’Egypte et d’Israël une telle proposition pouvait aujourd’hui être difficilement mise en œuvre.

A plus long terme, l’unanimité s’est faite pour affirmer, à l’instar du socialiste Jean-Christophe Cambadélis « il n’y a pas de solution militaire (…) et « il n’y aura de solution durable et juste que politique sur la base d’une double exigence : le droit de l’Etat d’Israël à l’existence et à la sécurité et le droit des Palestiniens à un véritable Etat viable dans lequel ils pourront mener une vie digne », propos qui trouvaient écho quelques instants plus tard dans le discours de l’UMP Nicole Ameline : « Nous soutenons la volonté légitime du peuple palestinien de vivre dans un Etat de droit, libre, viable, en paix »

Pour que cette solution politique puisse émerger, les rôles de la France et de l’Europe ont été soulignés. La France, selon Bernard Kouchner, parce qu’elle est un des rares pays qui peut parler avec tous les acteurs de la région, a un rôle et une responsabilité particuliers. De son côté Nicole Ameline appelait l’Europe à s’impliquer plus fortement encore. Pour elle, « l’Europe a été la terre de batailles incessantes, de souffrances, de luttes épuisantes entre ses peuples, mais elle est aussi la terre qui a réussi, avec le multilatéralisme, à démontrer sa capacité à résoudre les conflits ». L’Europe a notamment un rôle pour assurer les conditions du développement économique de la bande de Gaza, sans lequel la paix restera une illusion. La pauvreté, le chômage alimentent évidemment l’extrémisme ; l’Union européenne a compris depuis longtemps qu’elle devait aider le développement des territoires palestiniens (elle est avec près de 500 millions d’euros en 2008 le premier donateur). Mais nous devons avoir le souci que cette aide soit plus efficace et envisager, pourquoi pas, de conduire un programme spécifique de développement économique de la bande de Gaza, en lien avec ses voisins, dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée.

Enfin, ce débat à l’Assemblée nationale aura également permis d’exprimer l’inquiétude des députés sur les risques d’une importation du conflit.

Bien sûr, des solidarités peuvent s’exprimer, dans le respect de la loi, sans débordement. Elles témoignent même de la vitalité du débat démocratique. Mais elles ne peuvent déboucher sur des violences et des actes racistes. Les Français de toutes confessions et de toutes origines doivent donner l’exemple et montrer qu’une coexistence sereine est possible et on ne peut qu’encourager les rencontres entre les responsables religieux qui mettent en garde contre les excès et appellent au dialogue.

En ce qui me concerne, je suis convaincu qu’une condition indispensable du retour à la paix est de rassembler la communauté internationale autour d’une ligne équilibrée et modérée. Je suis également convaincu que c’est notre responsabilité d’élu et de citoyen de promouvoir cet équilibre et cette modération.







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